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De nouveaux outils pour un nouveau monde : lequel ?

La commission Stiglitz va mettre au point l'indicateur qui mesurera la richesse réelle de ce pays. Notre richesse réelle, c'est à dire pas uniquement la valeur de la production mais également celle des ressources naturelles, de la qualité de vie, du savoir, des inégalités, etc.
Les critères à prendre en compte sont potentiellement très nombreux, et surtout leur mode de calcul et leur pondération relative sont avant tout une question de point de vue, de "valeurs".
Le résultat final, le fameux indicateur, sera en réalité le condensé d'une certaine vision du monde :
la nôtre...

...ou pas.

Ou pas, parce que les visions du monde sont évidemment très diverses ; il ne s'agit pas ici de savoir quelle est "la bonne", mais simplement de s'assurer que l'indicateur qui sera finalement mis en place sera bien le reflet de ce que souhaitent les gens qui composent la société à laquelle il s'appliquera.

Je prends un petit exemple : l'un des projets les plus avancés dans ce  domaine est le GPI, créé par une fondation californienne (qui a également travaillé sur l'empreinte écologique). Cet outil (que je trouve par ailleurs très intéressant et très complet) prend en compte en négatif parmi ses critères sociaux le nombre de... divorces !
Ca n'est pas forcément idiot, mais on voit bien là le reflet d'une vision disons très "américaine" de la société, basée sur une famille unie et "standardisée". Favorisez le mariage, interdisez le divorce, et vous faites augmenter votre "GPI"...
Bref, la façon dont sera construit cet indice n'est pas du tout sans conséquence et, on le voit, beaucoup plus l'affaire de tous que celle d'experts.

Jean Gadrey, l'un des économistes membre de la commission Stiglitz, estime d'ailleurs que ce travail doit absolument être mené conjointement avec la société civile.
Je reproduis ici sa tribune publiée dans Politis du jeudi 20 mars.
Bonne lecture et à très bientôt.

Lt Francesco Casabaldi.


Au-delà du PIB : comment ?

Après l'ode à la croissance libérale « brute » qu'est le rapport Attali, les proches conseillers d'un Président en grande difficulté dans l'opinion lui ont soufflé une idée qu'ils ont « piquée » au Grenelle de l'environnement : il faudrait qu'une commission mette au point des indicateurs alternatifs qui mesurent mieux le progrès économique et social. Passons sur la « dissonance cognitive » entre l'objectif d'une croissance que le Président voulait « chercher avec les dents » et l'idée d'une remise en cause de cet indicateur. Changer de thermomètre quand celui qui existe donne de mauvais chiffres est une méthode politique fréquente, mais à très courte vue car il est certain que des indicateurs alternatifs enregistreront une santé sociale et écologique dégradée de notre pays. Peu importe, il faut faire du bruit médiatique, et, entre autres bruits, le chef de l'État nomme commissions sur commissions. Dans le cas présent, l'effet de surprise est réel, puisqu'il a fait appel, pour présider cette commission internationale, à Joseph Stiglitz, économiste américain connu pour ses vives critiques du néolibéralisme mondial.

Cette initiative fait certes partie de la stratégie du rideau de fumée visant à faire oublier les déboires du pouvoir d'achat, et plusieurs autres échecs cuisants. Une stratégie qui ne semble pas pouvoir enrayer la crise de confiance, et qui a plutôt l'air de l'aggraver. Mais dans le cas présent, il n'y a pas de fumée sans feu. Jamais l'Élysée n'aurait eu cette idée si, depuis des années, la « société civile », des associations en pointe dans la dénonciation des inégalités, des ONG écologistes, des collectivités locales, et nombre de spécialistes (même des économistes !) n'avaient fait pression. Ils disent : non seulement le PIB (produit intérieur brut) n'a jamais été conçu pour être un indicateur de progrès, mais le divorce est de plus en plus criant entre la croissance, qu'elle soit forte comme aux Etats-Unis depuis dix ans ou molle comme en France, et les performances sociales et environnementales des nations ou des territoires. Il faut de nouveaux outils et thermomètres qui reflètent mieux ce que pourrait être une société juste dans un monde durablement vivable.

Est-ce possible ? Pour certains, aucun indicateur ne pourrait jamais prétendre à la cohérence et à la fiabilité des mesures du PIB et de la croissance. Les travaux d'une très officielle commission américaine avaient pourtant prouvé, en 1996, que la mesure du taux de croissance pouvait être entachée d'une marge d'incertitude de plus d'un point sur de longues périodes ! Mais la croyance en la supériorité des comptes de la croissance l'emportait et, en France, ces critiques furent balayées.

La conjonction de la crise sociale, de la crise écologique, et de la diffusion d'indicateurs alternatifs gagnant en considération est en train de faire bouger les lignes. En juin 2007, l'OCDE organise à Istanbul un forum mondial sur le thème de « la nécessité de mesurer dans chaque pays le progrès des sociétés en allant au-delà des indicateurs habituels tels que le PIB par habitant ». En novembre dernier, l'Union européenne invite 600 participants de tous pays à une conférence « au-delà du PIB », qu'elle organise avec des ONG. Fin février, le Conseil d'Analyse Stratégique publie une intéressante « note de veille » (téléchargeable) sur le même thème.

Qui peut mettre au point ces autres repères pour un autre monde ? Un « groupe d'experts de haut niveau » qui va nous produire les « bons » indicateurs ? En aucun cas : décider de ce qu'est le bien-être dans une société juste n'est pas du ressort des économistes et statisticiens, fussent-ils des « Nobel » inspirés des meilleures intentions et dotés des plus hautes compétences dans leur domaine. C'est l'affaire de tous, et notamment de ces acteurs multiples qui, depuis des années, en France et à l'étranger, ont accumulé de l'expérience sur la mise au point participative de projets de « développement humain durable » et d'indicateurs correspondants de bien-être. Oui, il faut de « l'expertise » économique, sociologique, statistique, philosophique…, mais dans le cadre d'un dialogue étroit et organique avec la « société civile ». Car aucun indicateur de « progrès », y compris le PIB, n'échappe à l'explicitation de conventions sur ce qui est juste et bon, sur ce qui est souhaitable, sur les valeurs, au sens philosophique du terme. La technique, la méthodologie, sont importantes mais secondes. S'ils sont coupés de la société civile, les spécialistes « de haut niveau » intègreront bien des valeurs dans leurs indicateurs : les leurs !

Et par ailleurs, cette intervention de multiples réseaux d'acteurs constitue la meilleure et la seule garantie contre les tentatives, qui vont se manifester, de récupération politicienne, ou de freinage d'innovations indispensables. Pour aller « au-delà du PIB », il faut faire fonctionner la démocratie.

Appel à une journée mondiale de mobilisations et d’actions

L'arbre ou la forêt

Sub_marcos2_3 (extrait)

Premièrement : pour nous, les zapatistes, les peuples indiens du Mexique, de l’Amérique et du monde, la terre est la mère, la vie, la mémoire et le lieu du repos de nos ancêtres, la maison de notre culture et nos coutumes. La terre est notre identité. C’est en elle, par elle et pour elle que nous existons. Sans elle nous mourrons, même si nous continuons à vivre.

Deuxièmement : pour nous, la terre n’est pas seulement le sol sur lequel nous marchons, que nous semons et sur lequel grandit notre descendance. La terre est aussi l’air qui, devenu vent, monte et descend de nos montagnes. Elle est eau des sources, des rivières, des lagunes et des pluies qui sèment la vie dans nos plantations ; ces arbres et ces forêts qui donnent naissance aux fruits et créent de l’ombre ; ces oiseaux qui dansent dans le vent et chantent sur les branches ; ces animaux qui avec nous grandissent, vivent et se nourrissent. La terre est tout ce que nous vivons et tout ce que nous mourons.

Troisièmement : pour nous, la terre n’est pas une marchandise, pas plus que ne sont des marchandises les êtres humains ou les souvenirs ou les saluts que nous donnons et recevons de nos morts. La terre ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons. C’est à nous qu’il a échu d’en être les gardiens, d’en prendre soin et de la protéger, comme elle a pris soin de nous et nous a protégés pendant ces cinq cent quinze ans de souffrance et de résistance.

Quatrièmement : nous, nous sommes des guerriers. Non pas pour vaincre et asservir l’autre différent de nous, celui qui habite un autre lieu, celui qui a d’autres manières de faire les choses. Nous sommes des guerriers qui défendent la terre, notre mère, notre vie. Pour nous, c’est la dernière bataille. Si la terre meurt, nous mourrons. Il n’y a pas de lendemain sans la terre. Ce qui veut détruire aujourd’hui la terre, c’est un système tout entier. Voilà l’ennemi à abattre. « Capitalisme » s’appelle l’ennemi.

Cinquièmement : nous, nous pensons qu’il est impossible de gagner cette bataille si nous ne la livrons pas aux côtés des autres peuples qui sont comme nous de la couleur qui est celle de la terre, si nous ne menons pas cette lutte aux côtés d’autres qui sont d’une autre couleur et dont le temps et les coutumes diffèrent, mais qui éprouvent la même souffrance. C’est pour cela que nous avons traduit en paroles cette pensée avec la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone. C’est pour cela que nous avons parcouru, oreilles et cœur ouverts, les endroits les plus reculés de notre pays. Pour chercher et rencontrer tous ceux qui disent ou qui veulent dire ¡Ya basta !, « Ça suffit », tous ceux qui ont trouvé que leur ennemi porte le même nom que celui qui nous tue et nous fait souffrir, nous.

Sixièmement : nous, nous pensons qu’il ne suffit plus de ne faire que résister et attendre les attaques répétées de celui qui aime commander et de l’argent. Nous pensons que la force nécessaire aujourd’hui pour survivre est suffisante pour en terminer avec les menaces qui pèsent sur nous. L’heure est venue.

Septièmement : ni l’arbre ni la forêt. Nous, en tant que zapatistes que nous sommes, pour comprendre et savoir ce qu’il faut faire, nous regardons vers le bas. Non pas en signe d’humilité, non pas pour soumettre notre dignité, mais pour lire et pour apprendre ce qui n’a pas été écrit, ce pour quoi il n’y a pas de mots mais uniquement des sentiments, pour voir dans la terre les racines qui soutiennent, tout là-haut, les étoiles.

LIBERTÉ ET JUSTICE POUR ATENCO !
LIBERTÉ ET JUSTICE POUR L’OAXACA !

Merci beaucoup.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, juillet 2007.

(texte intégral)

Cette guerre vous est offerte par votre assurance-vie

Une petite brève pas très constructive pour la route.

Vous serez sans doute ravis d'apprendre avec moi que le premier groupe d'assurances en Europe, Axa, a décidé ce matin d'arrêter ses investissements chez les producteurs de bombes à sous-munitions.

(des saloperies qui explosent en l'air et vous tapissent l'équivalent d'un terrain de football de petites mines anti-personnels, en gros) (non, il n'y a pas de faute, ça s'écrit comme ça).

On appréciera au passage la formulation délicieuse : "Cette décision repose sur une analyse active de l'évolution du consensus politique et technique international qui émerge autour de l'illégalité de certaines armes"

Voilà. C'est chouette non ?

Si vous avez lu "d'arrêter ses investissements chez les producteurs d'armes", vous avez mal lu. Mais alors, très mal.

Oui, on peut vendre à la fois des assurances vie et financer des armes... Parfaitement. (Tant que les armes que vous financez ne servent pas à tuer vos clients des assurances, c'est même tout benef.)

Pour l'anecdote, le très puissant Claude Bébéar, fondateur et actuel président du conseil de surveillance d'Axa, a reçu en 1997 le "Point of light award", destiné à récompenser l'entreprise la plus en pointe dans le mécénat humanitaire (remis par un certain Georges Bush)

Vous trouvez ça dégueulasse ?

Horloge_4

L'occasion de rappeler, si c'était nécessaire, que vous faites sans doute, tous les jours la même chose. Vous avez un compte en banque ? Vous financez probablement l'industrie de l'armement.

Vous avez lu un journal ce matin ? 80% de chances pour que votre achat soit allé directement dans les poches d'un marchand d'armes.

"On" n'a pas le choix ? Si.

"On" dira que "on" ne savait pas ? jusqu'à quand ?

"Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente, souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; le clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !" 

Ne dites pas "il y en avait peu", mais "il y en avait quand même"

Défilé du 14 juillet de l'arc de Triomphe (du carroussel) à l'obélisque (de la place Vendôme), avec Charlie et Maëlle (20 mois et déjà rompue aux charges de la BAC en poussette ; son seul commentaire après le passage de la meute hurlante : "encor' ?!")

300 personnes environ pour défiler, deux ou trois fois ça pour les soutenir.

Plutôt très chouette, l'occasion de croiser Guyom, de rejoindre Albin et Tann, (qui faisait ses grands débuts comme photographe de manifs), de revoir Maxime, qui en avait gros sur la patate.
Et ça c'est moche... Maxime ne PEUT pas en avoir gros sur la patate...

Alors oui, c'est fatiguant, oui, c'est toujours les mêmes qui s'y collent. Par exemple, il y avait encore l'inusable "juliechan".
Julie, je la connais pas bien. Et vous voulez que je vous dise ? on s'entend même pas très bien. On ne se comprend pas je crois. Mais bon, julie, elle est partout.
Gênes, Florence, Evian, Glenneagles (avec un petit séjour en taule en prime)...
Si Julie avait un régiment et un drapeau, il serait, lui aussi, couvert des noms de toutes les batailles.
Quand je vais quelque part, je SAIS qu'il y aura Julie. Et rien que pour ça, je sais qu'on n'a pas perdu. Qu'il reste un espoir.

Alors pour tous les Maxime, les Julie, Cédric, Jeanne et j'en passe, pour  tous  ceux et toutes celles qui sont toujours là, qui ne flanchent jamais avant d'avoir refermer la porte de chez eux, d'abord un immense merci et ensuite ces quelques mots de Maurice Kriegel-Valrimont, à "là bas si j'y suis" :

(parlant des premiers résistants)

On dit "mais c'est une petite minorité au début". Qu'est-ce que ça veut dire ? Quand vous prenez, les années 40-41, vous savez, "militairement", les gens plantent des petits drapeaux sur les planisphères ou sur les mappe-mondes... les allemands vont jusqu'au fin fond de la russie... même les italiens occupent l'Afrique... les japonais occupent pratiquement toute l'Asie, etc.,  les "autres" avancent partout... Alors, vous allez dire à votre voisin "va sur les Champs -Elysées détruire la formation allemande" ? ça n'a aucun sens.
Donc ne dites pas "il y en a peu", dites, ce qui est vrai, "il y en a QUAND MEME et tout de suite !", c'est ça la réalité !


Bravo à vous touTEs.



Aujourd'hui, rien

Il y a 218 ans, une bande de casseurs, le black bloc de l'époque, prenait d'assaut l'un des symboles du pouvoir en place.

Louis XVI, le prez, écrivait le lendemain sur son blog : "Aujourd'hui, rien".

Témoignant de la même déconnexion, le pouvoir actuel fera demain une démonstration de force, suivie d'un pince fesses, dans les jardins de l'Elysee.

Alors que la cour et ses medias larbins entameront les derniers petits fours, les troupes révolutionnaires défileront elles à 15h, au jardin des Tuileries.

Les néo sans-culottes et autres insoumi-e-s sont cordialement invité-e-s.

Les Freemen sont tarés

Stop ! Arrêtez tout !
Jusque là, je faisais des posts à peu près sérieux, mais l'heure est grave :

ça faisait déjà un petit moment que je m'en doutais. ; j'en ai maintenant la preuve irréfutable :
Les freeWOmen sont touTEs complètement barréEs.

Oui, vous savez les freemen ? du réseau freemen. Ces gens qui ont tout plein de connexions dans tous les milieux, qui ont au moins un docteur dans toutes les disciplines connues, qui luttent contre le changement climatique et vont enterrer le PIB à eux seuls, qu'on trouve principalement sur le Net, mais aussi, parfois,  bourrés sous la table ou en train de boire une mousse avec un candidat à la présidentielle.
Bon les freemen, quoi.

Jusque là (j'en connais 20-25 sur 130)  tous ceux  que je connaissais avaient un grain. Un pet' au casque si vous voulez, une case vide, mais pleine de trucs étranges. (break : c'est super important la case vide. demandez à Deleuze. Vous connaissez le jeu de taquin ? c'est ce petit jeu plat où il faut reconstruire une image en bougeant des petits carrés avec les pouces, voyez ? bon, et bien le mouvement, l'évolution, la vie, quoi, n'est possible que parce qu'il y a une case vide... ).
Bref, je me disais, vu que je ne suis moi-même pas complètement d'équerre "c'est ma faute, je dois les attirer, les tarés, les autres doivent être à peu près normaux."

et bien non, je viens de perdre tout espoir de trouver un freemen à peu près normal en lisant, à l'instant, le blog de Charlie.
Charlie, je me doutais, j'ai mes raisons que la raison... tout ça... mais les commentaires de Henri...
Henri Alberti, l'homme qui recopie pieusement tout Robert Musil sur son blog... celui qui aurait pu nous sauver tous,  Henri est la preuve vivante qu'on ne peut pas être freemen et totalement sain d'esprit.

Jugez vous même
.


Propos sur le bonheur

Des économistes et statisticiens se sont réunis la semaine dernière à Istanbul avec un objectif ambitieux : mesurer le bonheur.

Si cette initiative va dans le sens d’une remise en cause du PIB, donc de la croissance, comme objectif quasi unique pour nos sociétés, on peut néanmoins se demander si l’approche retenue par l’OCDE est la bonne et si elle ne contient pas en  germe les pires scénarios de science fiction.

« pour nombre de participants au 2e Forum mondial de l'OCDE, les indices de développement utilisés jusque là et reposant essentiellement sur l'évaluation de la richesse accumulée -comme la mesure du produit intérieur brut (PIB)-, sont désormais obsolètes.

"Parce que nous mesurons le PIB par habitant, nous pensons savoir si les gens sont satisfaits ou non", a constaté le secrétaire général de l'OCDE, Jose Angel Gurria. »

On ne peut évidemment que se réjouir de lire ces phrases dans une dépêche AFP, citant un responsable de l’OCDE. On ne reviendra pas ici sur l’importance de ce constat et l’urgence qu’il y a à se doter de nouveaux indicateurs (par plus qu’on ne raillera le fait que l’OCDE et ses amis avaient jusque là pris ceux qui tenaient ce discours pour des idiots…)

Mais s’agit-il pour autant de chercher à « mesurer le bonheur » ?

Ces indices ont une importance majeure, dans la mesure où ils ne servent pas uniquement à mesurer, mais expriment également nos valeurs et animent notre projet de société. Ils ne font pas que mesurer notre société, ils aident à la façonner.

Un tel outil, aux mains de gouvernants aux visées court-termistes et marqués par l’idéologie qu’on connaît, ne conduirait-il pas plus sûrement à de larges distributions de « pilules à bonheur » (les neuroleptiques sont-ils d’ailleurs autre chose ?) qu’à la réduction des inégalités et au respect de la planète ?

Il y a fort à parier qu’un « indice de bonheur humain » conclurait aujourd’hui à l’impact plus fort d’un développement des reality show que de la lutte contre le changement climatique !

La plupart des travaux actuels (initiés il y a plus de 30 ans et qui connaissent une nouvelle vigueur depuis quelques années) cherchent aujourd’hui - principalement en prenant en compte le « capital » environnemental, diverses externalités et certains critères sociaux - à mesurer une « richesse réelle », voire un « progrès ». La différence d’approche est loin de n’être que sémantique et donnera sans doute lieu dans les années qui viennent à un des affrontements idéologiques les plus importants de ce début de siècle.

En conclusion, si la remise en question du dogme de la croissance par l’OCDE doit être salué et encouragé, il parait vital de ne pas les laisser définir seuls les nouveaux objectifs.

Les citoyens doivent rapidement s’approprier ce débat ; l’enjeu ne saurait être plus vaste : il en va de notre capacité à décider seuls ce qui nous rend heureux ou pas…

Séminaire Freemen (2)

Tentative de compte-rendu du second séminaire freemen, en version non exhaustive et de mémoire.

Je passe sur l’aspect logistique, dont vous trouverez un aperçu ici, et sur les longues discussions alcoolisées sur les sujets les plus divers.

Sur le fond, nous avons essayé de suivre le plan suivant :

  1. Le réseau de blogs
    1. Structure, organisation
    2. Améliorations quanti/quali
  2. Freemen Foundation ?
  3. Projets divers

NB : Ce compte-rendu est public, sachant que d’une part, nous n’avons rien à cacher, et que d’autre part, nous souhaitons encourager la création d’autres réseaux complémentaires.

  1. Le réseau de blogs
    1. Structure, organisation

Afin de retrouver le dynamisme qui s’est un peu dilué au fur et à mesure de l’augmentation du réseau, il nous semble pertinent de commencer à fonctionner en plus petits groupes (de 15 à 50, en gros) interconnectés.

Concrètement, chaque blog du groupe mettrait sur sa page d’accueil la liste des autres blogs du groupe et uniquement  sur une autre page la liste complète des blogs freemen. (ce que beaucoup ont commencé à faire spontanément)

Par exemple, certains souhaitent s’engager plus fortement, notamment sur les deux thèmes centraux. Ils vont donc créer un  premier groupe, un « réseau dans le réseau » dont le nom reste à définir. Il s’agirait par exemple, de s’engager à publier (ou reprendre) au moins un post par mois sur chaque thème freemen.

A l’inverse, certains sont lassés par des discussions jugées trop « sérieuses » et préfèrent une forme de participation plus détendue, plus ludique. Ils pourraient poser les bases d’un second groupe. (des news bientôt).

NB : ces nouveaux groupes doivent être considérés comme un bonus. La participation à l’un ou l’autre, voire les deux, est évidemment libre (mais attention aux avalanches de mails).

La forme traditionnelle du réseau est évidemment toujours valable et ceux/celles qui en sont satisfait continuent comme avant.

Enfin, chacunE peut proposer la création d’un nouveau groupe, avec son fonctionnement propre. (liste dédiée ou pas, engagements réciproques, etc.)

Il nous parait néanmoins judicieux de ne surtout pas se regrouper par « tendances politiques », ce qui diminuerait  immédiatement la diversité au sein du groupe, principal intérêt de la forme « réseau ».

    1. Améliorations quanti/quali

Nous invitons chacunE, quelque soit le sujet de son blog, à poster « un peu plus souvent » à propos des deux thèmes freemen.

Il est tout à fait possible de reprendre ou simplement linker un post existant ailleurs sur ces sujets. Afin d’améliorer la circulation d’infos, un wiki sera (est ?) mis en place) pour répertorier les meilleurs posts sur nos thèmes de prédilection.

Nous allons mettre en place, de façon très informelle (par mail), une mini « agence de presse freemen ». Certains ont en effet une approche « média généraliste » et manquent d’idées de posts, de thèmes et sujets à traiter, d’autres en ont trop (ou qui ne collent pas avec le sujet de leur blog ou n’ont pas le temps de rédiger. Il s’agit donc de simplement donner les idées en question aux premiers.

NB « Déontologie » : il nous parait souhaitable que chacun cite systématiquement ses sources, notamment pour les photos, aujourd’hui abondamment « pillées ».

  1. Freemen Foundation ?

Gros projet à long terme.

Il s’agit de se doter d’un outil puissant afin de produire notre propre contenu sur le thème, à nos yeux central, des nouveaux indicateurs de progrès.

L’objectif sera de favoriser de la définition, le calcul et la médiatisation d’un ou plusieurs nouveaux indicateurs. Ceux/celles qui ne se sentent pas forcément « compétents » sur ce sujet ont pourtant un rôle crucial à jouer. Il va s’agir d’engager un bras de fer médiatique avec les tenants de la « croissance », telle qu’elle est définie aujourd’hui, afin que le plus rapidement possible, plus personne (journaliste ou autre) ne parle de croissance sans faire systématiquement référence à ce nouvel indicateur.

A ce stade, des contacts ont déjà été initiés avec la fondation « Redefining Progress » aux US, créatrice du GPI.

  1. Projets divers

Nous n’avons eu que le temps de les lister. Je colle ici un ancien mail, la liste n’ayant que peu évolué. On peut néanmoins lui ajouter des projets plus persos, de type « je souhaite faire de ma maison un modèle écolo et j’ai besoin d’aide/de conseils», etc. Je laisse les porteurs de ce type de projet les détailler eux-mêmes.

L'approche "media" :
Certains estiment qu'il faut « arracher » le plus d'audience possible aux media traditionnels, et souhaitent développer leur blog en ce sens.
Projets : booster tel et tel blog, créer une liste de discussion "media", etc.

L'approche "agora" :
favoriser la réappropriation des champs politiques, économiques, etc. par les citoyens.
isegoria, cafés économiques, cafés politiques, etc.

L'approche "cohérence" :
Mettre en adéquation nos idées et nos comportements individuels, et notamment :
développer l'utilisation des logiciels libres par les freemen
passer nos blogs sous wordpress ou doclear
Passer nos comptes en banque à

la NEF
Développer

l'achat du bio, de l'équitable, etc.
"deconsommer".
etc.
développer AMAP et SELs.
 
L'approche "Internet"
développer une plate forme permettant de :
- récupérer « l'argent des blogs » (adwords google, pub, affiliation)
- subventionner certains projets avec l'argent récolté.

développer une régie publicitaire "libre" :
- permettre à chaque freemen d'apporter de la visibilité au(x) projets/causes qu'il souhaite.


Soyons dingues...
créer des « syndicats » freemen, dans les entreprises.
créer un nouveau pays (si, si... )

Interlude : Revue de web

Peu le temps d'écrire ces jours ci. En attendant un compte-rendu un peu plus complet ;-) du séminaire freemen,  je vous propose donc une revue de web des thèmes discutés en ce moment sur certains blogs et qui me paraissent centraux dans la mise en oeuvre des nouveaux mondes.

Une réflexion sur la démocratie non représentative sur "le peuple des connecteurs". Vu sous l'angle des réseaux et d'internet, ou en quoi les formes d'organisation des nouvelles technologies préfigurent peut-être de nouvelles formes d'organisation politique.

Un bon recap sur le sujet des nouveaux indicateurs de progrès, chez "Carnets de nuit". Et un post/débat animé sur un sujet très lié, les externalités négatives, sur "la fin du capitalisme". (oui, c'est de l'autopromo).

Après une interview de Daniel Carton sur les collusions politico-médiatiques "classiques", une alerte sur le portage de ces collusions vers les nouveaux medias, à lire chez "les jeunes libres".

Enfin, quelques réflexions sur le très en vogue dépassement des clivages, chez "Remises en cause" (Charlie), avec notamment ce point de vue, que je partage totalement :

"La politique et le Pays de Candy ne sont pas compatibles : dépasser un clivage parce qu'on le trouve obsolète ne veut pas dire qu'il n'y a plus de clivages mais qu'il y en a de nouveaux."

Bonne lecture.

(petit update quelques heures plus tard)

Charlie a, depuis, publié un post reprenant celui de Quitterie et intitulé "nouveaux medias contre journalisme de révérence".

Certaines mauvaises langues y verront (et y voient déjà) une critique. J'y vois au contraire la construction, pas à pas, d'une conversation transversale, où chaque post vient compléter le précédent. Il est possible que certains lecteurs du blog de Quitterie, peut-être proches du Modem, n'aient "découvert" les collusions médiatico-politiques qu'au cours de la récente campagne présidentielle. Et bien mieux vaut tard que jamais. Le post de Charlie permet à ceux qui le souhaitent d'aller plus loin et de découvrir les travaux de ceux qui sont conscients de cette dérive profonde depuis plusieurs années.

Autre post à découvrir : le témoignage de Zoul, que je ne connais pas, sur "son" G8. (et pourtant à en croire son post, nous avons passé quelques heures à quelques mètres l'un de l'autre ;-)

Vous y retrouverez, entre autres, le doute, voire la compréhension, en attendant peut-être un jour la désobéïssance et la complicité de la part de certains policiers, dont  je parlais ici.

Deux extraits pour la route :

"L'avocat de Gert a une idée : si l'interprète s'en va, et qu'on ne la remplace pas, nous ne pouvons pas passer devant le juge en théorie. On convainc l'interprète de se casser sans trop de difficultés."

"J'essaye de convaincre le flic qui me surveille de résister, de ne pas accepter ça. De venir de notre côté, d'arrêter de servir les puissants. Je lui parle de son père qui n'aura pas de retraite, de son fils qui ne trouvera pas de job et finira dans la police. Il dit qu'il ne peut pas. Je lis dans ses yeux la résignation et la tristesse. Je prends pitié de lui et lui fout la paix."

On avance... (et salut à toi, Zoul)