Des économistes et statisticiens se sont réunis la semaine dernière à Istanbul avec un objectif ambitieux : mesurer le bonheur.
Si cette initiative va dans le sens d’une remise en cause du PIB, donc de la croissance, comme objectif quasi unique pour nos sociétés, on peut néanmoins se demander si l’approche retenue par l’OCDE est la bonne et si elle ne contient pas en germe les pires scénarios de science fiction.
« pour nombre de participants au 2e Forum mondial de l'OCDE, les indices de développement utilisés jusque là et reposant essentiellement sur l'évaluation de la richesse accumulée -comme la mesure du produit intérieur brut (PIB)-, sont désormais obsolètes.
"Parce que nous mesurons le PIB par habitant, nous pensons savoir si les gens sont satisfaits ou non", a constaté le secrétaire général de l'OCDE, Jose Angel Gurria. »
On ne peut évidemment que se réjouir de lire ces phrases dans une dépêche AFP, citant un responsable de l’OCDE. On ne reviendra pas ici sur l’importance de ce constat et l’urgence qu’il y a à se doter de nouveaux indicateurs (par plus qu’on ne raillera le fait que l’OCDE et ses amis avaient jusque là pris ceux qui tenaient ce discours pour des idiots…)
Mais s’agit-il pour autant de chercher à « mesurer le bonheur » ?
Ces indices ont une importance majeure, dans la mesure où ils ne servent pas uniquement à mesurer, mais expriment également nos valeurs et animent notre projet de société. Ils ne font pas que mesurer notre société, ils aident à la façonner.
Un tel outil, aux mains de gouvernants aux visées court-termistes et marqués par l’idéologie qu’on connaît, ne conduirait-il pas plus sûrement à de larges distributions de « pilules à bonheur » (les neuroleptiques sont-ils d’ailleurs autre chose ?) qu’à la réduction des inégalités et au respect de la planète ?
Il y a fort à parier qu’un « indice de bonheur humain » conclurait aujourd’hui à l’impact plus fort d’un développement des reality show que de la lutte contre le changement climatique !
La plupart des travaux actuels (initiés il y a plus de 30 ans et qui connaissent une nouvelle vigueur depuis quelques années) cherchent aujourd’hui - principalement en prenant en compte le « capital » environnemental, diverses externalités et certains critères sociaux - à mesurer une « richesse réelle », voire un « progrès ». La différence d’approche est loin de n’être que sémantique et donnera sans doute lieu dans les années qui viennent à un des affrontements idéologiques les plus importants de ce début de siècle.
En conclusion, si la remise en question du dogme de la croissance par l’OCDE doit être salué et encouragé, il parait vital de ne pas les laisser définir seuls les nouveaux objectifs.
Les citoyens doivent rapidement s’approprier ce débat ; l’enjeu ne saurait être plus vaste : il en va de notre capacité à décider seuls ce qui nous rend heureux ou pas…
Amartya sen a déjà conqstruit un autre indice par eemple; l'empreinte écologique en est un autre; l'intéret est moins de mesurer quelque chose que d'etre comparé au pib et d'en deduire que ... les indices ne veulent pas dire grand chose.
plus profondement, vu qu'un sous-groupe freemen semble se constituer sur l'idee d'indices autres que le pib, je pose cette question un brin génante : un indice pays a t il encore une utilité sur la planète ?
ne s'agit-il pas plutot de diffuser l'indice individu (empreinte ecolo par ex) afin de permettre un usage autonome de ce repere ? Enfin, l'essentiel des transformations comportementales sous-entendent une transmutation des valeurs, à commencer par la fin de la séparation sujet/objet propre au mode de connaissance positiviste occidental.
S'agit il de devier le troupeau des moutons de panurge ou bien de favoriser l'emancipation individuelle ?
Le type d'indice utilisé et surtout l'importance qui leur est accodé seront significatifs de ce point de vue.
Rédigé par: gaia | 04/07/2007 à 07:18
"...ne s'agit-il pas plutot de diffuser l'indice individu..." : pas d'accord, Gaia !!!
Je suis fondamentalement en désaccord avec toute dynamique qui privilégierait l'individu sur le "groupe" (ce groupe pouvant être une province, un pays, une corporation...) car il me semble que nous sommes à une époque à laquelle il serait absolument crucial qu'une vaste prise de conscience du fait que nous partageons un destin commun puisse se faire.
Conscience que nous sommes sur le même bateau et fortement interdépendants : ce n'est pas en mettant en place des mesures visant l'individu que nous souderons le groupe, bien au contraire.
Et le "groupe" c'est en fin de compte nous tous, l'ensemble de l'humanité.
Il faut donc un système d'indicateurs qui soit assez homogène, applicable partout et à tout moment et qui puisse permettre à chaque groupe (et à chaque individu du fait qu'il appartient solidairement à un groupe) de savoir où il se trouve par rapport à des repères communs à tous.
J'ai proposé Du PIB au PIB+ (http://geoclic.net/site/impact-environnemental-economique-social-actions-comptabilites-nationales-completer-pib.php )qui serait un système applicable universellement et répondrait aux critères que j'indique, pour peu que l'on parvienne à le concrétiser.
Avec un Quels sont les enjeux de la mise en place d'un nouvel indicateur ? http://geoclic.net/pdf/Enjeux-indicateurs.pdf (pdf) sur lequel il faudrait d'ailleurs que je revienne...
Rédigé par: jcm | 05/07/2007 à 19:15